Entre besoin, objectif et enjeu : l’espace de l’intention
Comprendre le lien entre les 3 temps du projet
Quand vous avez l’habitude de parcourir le triptyque du besoin, vous pourriez croire que vous finissez dans une envolée mais ce n’est qu’une illusion.
Avec le besoin, vous êtes englué dans un ou des problèmes mesurables, héritages du passé. Bien sûr, le but fait rêver comme une promesse de sortie du bourbier, mais il est borné par la clôture du projet.
Pourtant, dans le temps du projet, le but a son pendant dans les pragmatiques objectifs opérationnels, des résultats concrets et mesurables. Bien que vous soyez sorti de l’ornière et cheminiez de lieue en lieue, que vous façonniez la matière produit, vous finissez toujours par confier cette dernière à vos utilisateurs afin qu’ils se l’approprient. En plus, cette avancée est plus ou moins dynamique et heureuse. Tantôt, vous prenez votre élan. Tantôt, l’horizon s’obscurcit. Le passage de relais aux utilisateurs ravit mais est parfois source de frustration.
Le souffle manquant entre passé, présent et futur
Il faut bien finir par lâcher prise car les utilisateurs sont les vrais porteurs de valeur durable et de transformation. A eux de concrétiser des enjeux qui sont, eux aussi, des objectifs mesurables – atteints après la clôture du projet. Mais cela fait belle lurette que le projet est clôturé. Que vous êtes redescendu sur terre ou que vous naviguez dans d’autres contrées.
Entre ces trois temps, il manque un souffle. Quelque chose qui relie, oriente et inspire avant même de mesurer : l’intention.
L’intention : un cap avant la mesure
Donner du sens avant la forme
L’intention n’est pas un chiffre. Elle n’est pas un objectif. Encore moins un indicateur.
Elle est une direction volontaire, partagée et vivante, qui donne sens avant de donner forme. Son origine est latine et intentio provient du verbe intendere qui signifie tendre vers.
Elle donne vie et met du vent dans les voiles du projet. Elle est à l’enjeu ce que le but est au besoin.
De la décision intérieure à l’élan d’action
Avant l’enjeu, une décision intérieure s’impose. D’ailleurs, la formulation du triptyque du besoin n’acquiert de sens que par le questionnement sur l’intention.
Reprenons l’exemple de piteuses nuits évoqués dans le triptyque du besoin : je ne dors que 2 heures par nuit depuis 8 jours (besoin – pourquoi ?). Et il faudrait quand même que je dorme (but). A vrai dire, une bonne nuit de sommeil s’impose. N’ergotons pas : 12 heures, voire 18… (objectif – quoi ?). Ensuite, je reprendrai un rythme de 10 heures par nuit à partir en me couchant à 22h00 (enjeu – pour quoi faire ?). Et hop ! Ce lapin-là est sorti du chapeau sans crier gare… La question du « pour quoi faire » est en réalité la question du « comment » qui, elle, pose la question du « pour quoi faire « .
J’ai lu un très bon post sur la douche neuronale. L’auteur (Philippe Pencalet) expliquait comment activer le nettoyage naturel du cerveau. Il évoquait notamment le sommeil. « Pendant le sommeil profond, les canaux glymphatiques s’ouvrent d’environ 25 %. Se coucher avant 22 h renforce ce mécanisme : les premiers cycles concentrent le sommeil profond, le plus réparateur. La plupart des fatigues chroniques viennent du manque de ces deux heures de sommeil profond avant minuit. » C’est là que je me suis dit que dormir à 22h00 était un impératif pour la suite. Mais le plus important pour moi est la décision que j’ai prise de choisir de me remettre à l’écoute de mon rythme.
L’intention oriente le mouvement sans le figer. Elle articule le passé, le présent et le futur : elle relie le besoin au but et prépare la concrétisation de l’enjeu. Elle précède la mesure. Elle doit déjà exprimer l’élan qui pousse à agir, avant la formalisation du plan. Simplifier la vie de nos utilisateurs, recréer la confiance pour décider,… ne fixent pas d’indicateurs. Toutes ces intentions posent un cap de sens.
L’intention : une boussole vivante
De la boussole à la promesse
Dans les projets, l’intention joue le rôle d’une boussole vivante : elle donne la direction générale tout en laissant la liberté du chemin. Elle mobilise sans enfermer, inspire sans imposer.
L’intention est ancrée dans la vie, crée et transcende la vie. Elle génère aussi de la vie dans le projet. Je repense en écrivant ces lignes à ce créateur qui m’expliquait qu’il ne vendait pas un produit, en l’occurrence un bout de tissu dans lequel se moucher. Au-delà de cette expérience prosaïque, il vendait une chose mémorable, des souvenirs auxquels se raccrocher lorsque son client sort son mouchoir pour s’essuyer les yeux en étant passé du rire aux larmes, ou lorsqu’il découvre ce cadeau qui lui a été offert lors d’un mariage. Il vend une histoire.
Nos locataires n’entrent pas dans les murs de leur logement social réhabilité comme des sardines confinées dans une boîte de conserve. Ils se réapproprient un logement digne qui favorise la mixité. L’un ne fait pas rêver, l’autre si.
Profitons en pour signaler que l’intention devrait s’exprimer à la première personne du pluriel : elle crée du “nous” là où les objectifs créent du “faire”.
L’intention, une tension qui nous traverse
Entre le réel et le possible, l’intention agit comme une tension vivante. Elle relie le “ce qui est” au “ce qui pourrait être”. Elle rend le futur désirable avant qu’il ne soit mesurable. L’intention devrait être une promesse.
C’est la mise en jeu avant le jeu lui-même : ce qui est en jeu quand nous lançons les dés lors de nos parties de craps n’est pas le résultat du lancer ni le gain d’un repas, mais la promesse de partager ce repas. Cette in-tension nous nourrit et elle en devient presqu’intemporelle. Nous la définissons avant, nous nous en nourrissons pendant, nous nous en souvenons de façon mémorable après.
L’intention est ce moment suspendu où l’on ralentit pour mieux agir. Elle fait le lien entre le besoin (problème à résoudre), les objectifs (résultats à atteindre) et les enjeux (valeur durable à créer). Elle donne au projet sa vitalité intérieure, ce souffle qui oriente sans enfermer.
L’intention oriente. L’enjeu engage. Et nous verrons bientôt que la vision transcende.







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